- Accueil
- L'ISFA
- Les formations
- La recherche
- L'international
- L'ISFA et les entreprises
- Les faits marquants
- L'association ISFA
Histoire et perspectives de l'ISFA
Interview de Jean Claude Augros, directeur honoraire de l'ISFA.
- L’ISFA a été créé il y a 80 ans. Quelle était l’inspiration fondatrice de ses créateurs ?
L’acte de création de l’ISFA (décret du président Gaston Doumergue du 4 juin 1930) affiche plusieurs principes de grande modernité, celui de la pluridisciplinarité, celui de l’association étroite des milieux socioprofessionnels au fonctionnement d’un organisme universitaire et, enfin, le caractère social d’un institut appelé à recevoir des élèves de toutes origines. Dès sa création, les initiateurs de l’ISFA avaient dans l’esprit de donner une dimension d’utilité sociale à l’institut.
- En quoi cette inspiration est-elle encore aujourd’hui au centre de l’identité de l’ISFA ?
Aujourd’hui encore l’ISFA a pour objectif de former des actuaires généralistes possédant à la fois des connaissances mathématiques, juridiques, économiques et relevant des sciences de gestion. La force des actuaires ISFA est de savoir résoudre par eux-mêmes des questions d’assurance et de finance nécessitant cette culture pluridisciplinaire. L’actuaire ISFA bénéficie de cette image et, en dépit d’un fort développement des techniques scientifiques dans l’exercice de la profession d’actuaire, l’ISFA ne renoncera pas à un enseignement pluridisciplinaire.
En matière de financement, le budget de l’ISFA est assuré à environ 80 % par des ressources en provenance des entreprises, ce qui traduit bien la confiance des milieux professionnels vis-à-vis de l’ISFA dans l’exercice de ses missions.
Enfin, nous cherchons à accroître le recrutement d’élèves de toutes origines, à la fois sociales et géographiques. Aujourd’hui, l’ISFA compte environ 20 % de boursiers et 30 % d’élèves étrangers.
- Quelle singularité l’ISFA veut-il exprimer lorsqu’il scande le slogan « Gérer les risques autrement » ?
La crise financière a révélé certaines faiblesses dans la gestion des risques à des niveaux multiples et variés où les actuaires sont le plus souvent absents. En revanche, sur leurs terrains d’exercice habituels, les actuaires ont démontré leur capacité à envisager la gestion des risques avec discernement et prudence. Ce n’est pas pour rien que le secteur des assurances a plutôt bien traversé la crise actuelle. Les difficultés rencontrées par certaines sociétés sont davantage dues à des comportements aveugles et court-termistes, opposés à la démarche de l’actuaire, dont la préoccupation est d’abord la prudence et une vision à long terme. En particulier, les actuaires ISFA, de par leur formation généraliste, possèdent une vision globale des risques qui leur permet de mieux appréhender les enjeux de leurs responsabilités professionnelles. Par ailleurs, la question de la validité et de l’utilisation des modèles est une préoccupation constante dans l’enseignement de l’ISFA. Ainsi sensibilisés, les futurs professionnels sont incités à gérer les risques autrement.
- La pluridisciplinarité historique de la formation d’actuaire de l’ISFA s’étend aujourd’hui à l’ensemble des formations à la gestion des risques qu’il dispense. Quels sont les éléments communs à toutes ces filières ?
Si l’ISFA s’était contenté de cultiver son « petit jardin » de la formation d’actuaires à petite échelle, il n’existerait plus aujourd’hui ou, tout au moins, aurait été intégré dans un ensemble plus vaste où il aurait complètement perdu son identité. L’ISFA a, au contraire, cherché à se développer non seulement sur sa formation de base, mais aussi sur d’autres segments de la gestion des risques comme l’ingénierie financière, le risk management et la sécurité informatique. Toutes ses formations ont en commun d’associer aux techniques mathématiques des connaissances approfondies de l’entreprise et d’être centrées sur les secteurs économiques de l’assurance et de la finance.
- L’ISFA s’est caractérisé par une grande capacité d’évolution et de transformation tant du point de vue de ses disciplines que du point de vue de sa taille. Quelles en ont été les principales modalités ces dernières années ?
L’évolution de l’ISFA ne s’est pas faite au hasard, ni brutalement. Elle est le fruit d’une véritable réflexion de fond, entamée il y a près de 20 ans au sein de l’ISFA. Le premier constat a été d’observer qu’en présence de ressources humaines rares dans le domaine de l’enseignement des sciences actuarielle et financière, l’enseignement supérieur français de la formation des actuaires devait accroître ses ressources et les concentrer. Pour répondre à l’insuffisance du nombre des actuaires et aux besoins croissants des entreprises, il fallait construire une école d’actuariat disposant d’un corps professoral suffisamment étoffé et de haut niveau, capable d’avoir des promotions d’au moins 100 élèves. La création du laboratoire de recherche de l’ISFA en 1994 suivie de celle de la formation doctorale en sciences actuarielle et financière en 1996, nous a permis précisément de former de jeunes universitaires brillants dans ce domaine dont certains ont pu être recrutés à l’ISFA. Même s’il est encore insuffisant numériquement, ce corps professoral constitue la principale force de l’ISFA. C’est grâce à lui que l’ISFA a pu connaître un tel développement.
- Quels objectifs poursuit l’internationalisation de l’ISFA ?
Au plan international, il n’y avait aucune raison d’abandonner le champ de la formation des actuaires des pays en voie de développement au seul système américain « par examen ». Avec l’aide de l’association DIAF et un tour de table de grandes entreprises françaises du secteur de l’assurance et de la finance, nous avons donc cherché à développer dans ces pays un véritable système de formation en « face à face » (educational model) susceptible de favoriser la francophonie et de permettre de créer, dans les pays qui le souhaitent, une société actuarielle en un laps de temps raisonnable.
- Quels sont les perspectives et les facteurs décisifs de réussite pour l’ISFA dans les prochaines années ?
L’objectif de l’ISFA est aujourd’hui d’atteindre un millier d’élèves dans les prochaines années. Cet objectif ne pourra être réalisé que si plusieurs conditions sont remplies. Nous espérons tout d’abord que le projet de construction de la « Maison de l’Assurance et de l’Actuariat de l’Université de Lyon », envisagé dans le cadre du plan campus, avec l’Institut des Assurances de Lyon (IAL-Lyon 3), pourra aboutir rapidement. La réalisation de ce projet doit nous permettre de développer des projets de formations sur des segments, comme celui des licences professionnelles, que, jusqu’à présent, nous avons négligés. Nous souhaitons également que le développement de l’ISFA ne résulte pas seulement d’une volonté de l’école elle-même, mais soit totalement intégré dans la stratégie globale de notre université de rattachement. Par rapport aux normes d’encadrement habituelles, l’ISFA souffre, en effet, d’un sous-encadrement notable et avéré qui en fait, dans ce domaine, le parent pauvre de l’université. La poursuite du développement de l’ISFA implique donc nécessairement le redéploiement d’emplois des secteurs de l’université les plus sur-encadrés vers l’ISFA. Ceci suppose un véritable choix politique qui est demandé à la gouvernance de l’université Claude Bernard Lyon 1. La réponse lui appartient.
